

Le volume de transactions de logements anciens en cumul sur les douze derniers mois en France (hors Mayotte) atteint 1 182 000 transactions à fin mai 2022, traduction d’un début d’année dynamique mais révélateur d’un plateau haut, où les volumes tutoient la barre du 1,2 million de ventes qu’ils dépassaient l’été dernier.
La stabilisation est enclenchée et pourrait augurer d’une décrue. Particulièrement, les chiffres actuels n’expriment pas encore le ressenti global des notaires qui signalent les tendances d’un ralentissement un peu plus prononcé de l’activité immobilière dans les mois à venir. En effet, des signaux appellent à la vigilance. L’offre de biens à vendre s’amenuise lentement tout comme le nombre d’avant-contrats, rendant hypothétique un maintien aussi haut des volumes. Cette dégradation est à corréler directement avec la hausse de l’inflation (grandement portée par la hausse des prix de l’énergie) qui affecte parallèlement le pouvoir d’achat des Français. À ce titre, l’Insee prévoit une inflation de 6,8 % en septembre (niveau inédit depuis 1985) et de 5,5 % sur l’année 2022. De même, bien qu’elle reste modérée, la remontée des taux des crédits à l’habitat se poursuit, excluant un nombre grandissant de personnes du marché immobilier, notamment les primo-accédants, face à une demande d’apport plus importante. Les notaires constatent d’ailleurs une augmentation du nombre de refus de prêt. La hausse des taux demeure paradoxalement très mesurée face à l’inflation, de sorte que le prêt, comparativement, constitue un placement, une certitude dans un environnement empli d’incertitudes. La vague d’acquéreurs est toujours présente, notamment sur le marché des maisons, tirant les prix vers le haut sur des biens de moindre qualité, à défaut d’une offre suffisante.
Toutes ces évolutions macro-économiques contribuent néanmoins à faire chuter fortement l’indicateur de confiance des ménages depuis le début de l’année, notamment dans sa composante d’opportunité à faire des achats importants, comme un achat immobilier. Cet indicateur de confiance retombe ainsi au niveau de ceux enregistrés en 2013, et même en 2008, périodes délicates pour l’activité immobilière.
Ces points d’attention sont de nature à provoquer des tensions bloquantes sur le marché immobilier d’autant plus s’ils se produisent concomitamment.
À noter : Adoption le 22 juillet du projet de loi portant mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat par l’Assemblée nationale. Certains de ces dispositifs concernent, de près ou de loin, le secteur immobilier:
- Les députés ont voté en faveur de l’augmentation des aides personnalisées au logement (APL) à hauteur de 3,5 % rétroactivement au 1er juillet. Cette revalorisation serait de nature à rassurer les investisseurs
- Les députés ont adopté un «bouclier loyer» avec un plafonnement de l’indice de référence des loyers à 3,5% de juillet 2022 à juin 2023 afin de limiter l’impact de l’inflation pour les locataires.
Ce texte, adopté en première lecture, doit être complété par un projet de loi de finances rectificative, dont l’examen à l’Assemblée nationale a débuté le 22 juillet :
- Le Gouvernement s’engage à maintenir le bouclier énergétique tarifaire mis en place à la fin de l’année 2021. Celui-ci permet de plafonner la hausse des factures d’électricité à 4 % et de geler les prix du gaz à leur niveau d’octobre 2021. Le dispositif sera prolongé jusqu’à la fin de l’année 2022 si le projet de loi est adopté. Cette mesure conjoncturelle pourrait rassurer les acquéreurs et limiter la perte de pouvoir d’achat, fortement grevée par la hausse des prix de l’énergie.
- La mise en place d’une remise sur le prix des carburants. Cette mesure pourrait supporter le besoin de verdure exprimé à l’acquisition et permettre de maîtriser le coût du déplacement domicile/travail en dehors des hypercentres. Sous réserve de l’adoption définitive de ces dispositions par le Parlement.